Quand les repères vacillent, est-ce le début d’une autre trajectoire ?

Il y a des périodes où l’on ne sait plus très bien répondre à des questions qui semblaient auparavant évidentes. Est-ce que je suis encore à ma place ? Est-ce que ce que je fais a encore du sens ? Est-ce que j’ai envie de continuer ainsi ? Et si je change, vers quoi aller ?
Ces questions peuvent apparaître progressivement : une lassitude, une perte de sens, l’impression d’avoir fait le tour d’un poste, une prise de fonction qui nous déstabilise, une envie d’autre chose que l’on ne sait pas encore nommer.
Elles peuvent aussi surgir après un événement plus brutal : une réorganisation, un licenciement, une maladie, une rupture personnelle.
Les situations sont différentes, mais elles ont parfois un point commun : les repères qui nous permettaient d’avancer jusque-là ne suffisent plus.
Quand le doute s’installe
Nous avançons avec des repères que nous interrogeons peu lorsqu’ils fonctionnent : un métier, une fonction, une entreprise, des habitudes, des projets, une certaine représentation de nous-mêmes et de demain.
Puis quelque chose bouge.
Le premier réflexe consiste souvent à chercher immédiatement une réponse : partir ou rester ? Changer de poste ? Changer de métier ? Se former ?
Pourtant, la première question n’est peut-être pas encore « Que dois-je faire ? », mais plutôt :
« Qu’est-ce qui est en train de changer pour moi ? »
Le doute n’annonce pas nécessairement une rupture. Il peut simplement indiquer que quelque chose qui fonctionnait hier ne correspond plus tout à fait à ce dont nous avons besoin aujourd’hui.
La carte n’est peut-être pas devenue inutile. Elle ne suffit simplement plus à indiquer la suite du chemin.

Dans mon cas, les repères se sont effondrés
Mon expérience a été beaucoup plus brutale.
La perte de la mère de mes enfants a profondément bouleversé mes repères personnels et familiaux. Puis la maladie est venue modifier à son tour mon rapport au temps, au travail et à l’avenir. Pendant plusieurs années, la dialyse a rythmé une grande partie de mon existence.
Dans mon cas, il ne s’agissait donc plus simplement de me demander si j’étais encore à ma place professionnellement. La trajectoire que j’avais imaginée n’existait plus.
Pourtant, mon parcours professionnel n’avait pas disparu.
Des années de direction d’entreprise, des responsabilités, des décisions prises, des équipes dirigées, des difficultés traversées, une expérience accumulée : tout cela était encore là.
Qu’est-ce que je pouvais en faire maintenant ?
Ma besace n’était pas vide
J’avais énormément de compétences et d’expérience. Mais continuer à les regarder uniquement à travers le métier que j’avais exercé pendant plus de vingt-cinq ans m’aurait probablement conduit à chercher une prolongation de ce que je connaissais déjà. Autrement dit, continuer sur le même axe. Ce n’est pas ce qui s’est passé.
Le travail que j’ai engagé m’a permis de changer l’angle de mon regard sur mes propres compétences. Manager des équipes, prendre des décisions, traverser des situations complexes, écouter, négocier, accompagner des changements, exercer des responsabilités : ces compétences n’appartenaient pas exclusivement à mon ancien métier. Elles constituaient un socle, ma besace était pleine, Il fallait simplement comprendre autrement ce qu’elle contenait.
C’est ce changement de regard qui m’a permis de m’engager vers un métier complètement différent.
Je ne suis pas reparti de zéro. Je suis parti dans une autre direction, en m’appuyant sur un socle construit pendant toute ma carrière.
Le bilan de compétences pour changer de regard
C’est dans cette période que le bilan de compétences a joué pour moi un rôle déterminant.
Il ne m’a pas indiqué un nouveau métier sur une feuille. Il m’a permis de revenir sur mon expérience, d’identifier mes compétences, mes ressources et ce qui s’était construit au fil des années.
Mais surtout, il m’a aidé à les regarder autrement.
Un bilan de compétences ne sert pas nécessairement à poursuivre sa carrière dans la même direction. Il peut aussi permettre de comprendre comment ce que nous avons construit peut prendre sens dans une direction complètement différente.
Dans mon cas, ce travail a participé à la construction d’une nouvelle trajectoire professionnelle, très éloignée de mon ancien métier mais profondément nourrie par mon expérience passée.
Je n’ai pas changé de passé professionnel. J’ai changé la manière de m’en servir.

Tous les doutes n’imposent pas de tout changer
Mon histoire est particulière. Il n’est heureusement pas nécessaire que tout s’effondre pour commencer à interroger sa trajectoire professionnelle.
Une perte de sens, une lassitude persistante, l’envie de retrouver de l’intérêt dans son travail ou simplement cette question qui revient — « Est-ce vraiment ce que je veux continuer à faire ? » — peuvent suffire pour décider de s’arrêter un moment.
Et faire le point ne signifie pas nécessairement changer de métier.
Cela peut conduire à rester, mais autrement. À évoluer. À changer d’environnement. À retrouver du sens dans ce que l’on fait déjà. Ou, parfois, à découvrir qu’une autre direction est devenue possible.
Le doute n’est donc pas nécessairement l’annonce d’une rupture.
Il peut simplement être le signal qu’il est temps de regarder sa trajectoire autrement.
Et parfois, c’est précisément à cet endroit que commence la suivante.




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