Platon et l’ouverture de la conscience

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

J’ai rencontré Platon une première fois lors de mes études de sophrologue à l’École de sophrologie caycédienne de Paris.
C’est là que j’ai découvert l’allégorie de la caverne.
À l’époque, j’en avais compris la logique : le jeu des ombres, notre perception limitée de la réalité et ce que pouvait symboliser le retournement du prisonnier.
Mais cela restait une compréhension essentiellement intellectuelle.
Il a fallu quelques années et certaines épreuves de vie pour que je rencontre réellement Platon.
Quand certaines lectures deviennent nécessaires
Après la disparition d’une personne qui comptait profondément pour moi, mes lectures ont changé.
Je me suis mis à chercher des textes autour de l’âme, de son éventuelle immortalité, de la vie après la mort, de ce qui pourrait subsister lorsque le corps disparaît.
La question de l’âme occupe une place importante dans la pensée de Platon. Dans le Phédon, notamment, le dialogue autour des dernières heures de Socrate interroge la mort et l’immortalité de l’âme.
À cette époque, ces questions n’avaient pour moi rien d’abstrait.
Avec le recul, je pourrais dire que j’étais à la recherche de celle que j’avais perdue.
Et puis, au fil de ces lectures, quelque chose d’inattendu s’est produit.
J’étais parti à la recherche de quelqu’un d’autre et, petit à petit, c’est moi que j’ai commencé à trouver.
C’est à ce moment-là que Platon et sa caverne ont pris pour moi une tout autre dimension.
De comprendre la caverne à l’incarner
Dans La République, Platon imagine des hommes enchaînés depuis toujours au fond d’une caverne.
Devant eux, une paroi. Derrière eux, un feu. Entre les deux passent des hommes portant différents objets dont les ombres sont projetées sur le mur.
Les prisonniers ne connaissent que ces ombres.
Pour eux, les ombres sont la réalité.
Puis l’un d’eux est libéré et amené à se retourner.
C’est ce moment qui m’intéresse particulièrement.
Il n’est pas encore sorti de la caverne. Il commence simplement à comprendre que ce qu’il prenait jusque-là pour la réalité n’en était peut-être qu’une représentation.
Quelques années auparavant, j’avais compris cette idée.
Cette fois, je la vivais.
Certaines certitudes auxquelles j’avais longtemps accordé beaucoup d’importance commençaient à ressembler à ces ombres projetées sur la paroi. Des questions qui auparavant n’existaient même pas pour moi apparaissaient.
J’étais passé d’une compréhension logique à une compréhension incarnée.
Je n’étais pas sorti de la caverne.
J’avais commencé à me retourner.
Et pour moi, c’est là que commence l’ouverture de la conscience.
Avant je regardais les gens aujourd’hui je les vois
À cette période de ma vie, j’avais également passé beaucoup de temps dans les hôpitaux puis dans un centre de soins palliatifs.
Lorsque j’en sortais, le monde extérieur était toujours le même. Et pourtant, progressivement, je ne le regardais plus de la même manière.
J’utilise aujourd’hui une phrase très simple pour exprimer ce changement :
Avant, je regardais les gens. Aujourd’hui, je les vois.
Pendant longtemps, j’avais regardé les personnes à travers ce qu’elles donnaient immédiatement à voir : leur fonction, leur apparence, leur comportement, leur réussite ou l’image qu’elles projetaient.
Puis mon regard a commencé à aller un peu plus loin.
Derrière une attitude, il peut y avoir une histoire. Derrière une réussite, une fragilité. Derrière un silence, une épreuve dont nous ne savons rien.
Je suis progressivement passé de ce que j’appellerais une vision des yeux à une vision du cœur.
Pas au sens sentimental du terme. Simplement parce que j’essaie davantage de voir ce qui existe derrière ce qui est immédiatement visible.
L’allégorie de la caverne prenait alors une résonance très particulière.
Les ombres ne racontent jamais toute l’histoire.
Des livres comme mentors
Platon a ouvert une porte.
D’autres penseurs et d’autres œuvres sont ensuite venus nourrir cette recherche : Socrate à travers les dialogues de Platon, Aristote, René Guénon, dont la lecture m’a demandé davantage d’efforts, ou encore Dante avec La Divine Comédie et son immense voyage initiatique.
Mes questions s’élargissaient.
Qu’est-ce que connaître ? Qu’est-ce que nous prenons pour vrai ? Que savons-nous réellement de nous-mêmes ? Et surtout :
Qu’est-ce qui change lorsque nous commençons à regarder autrement ?
Si je devais aujourd’hui replacer cette période dans le Voyage du Héros, je la situerais au moment de la rencontre avec les mentors.
Le héros n’a pas encore nécessairement accepté ce qui lui arrive. Il n’a pas encore franchi le seuil. Mais quelque chose commence à lui donner des clés.
Certains de mes mentors ont été des personnes.
D’autres ont été des livres.
Et Platon a probablement été l’un des premiers.

Platon dans mes interventions aujourd’hui
Des années plus tard, je continue à faire entrer Platon dans certaines de mes interventions.
Non pas pour donner un cours de philosophie.
Mais parce que plusieurs questions présentes dans sa pensée rejoignent intimement ce que je fais aujourd’hui : la connaissance de soi, nos représentations, nos certitudes et notre capacité à transformer notre regard.
Dans un accompagnement, nous cherchons souvent immédiatement une réponse. Que dois-je faire ? Quelle décision prendre ? Quelle direction choisir ?
Mais avant de chercher une nouvelle direction, il peut parfois être utile de commencer par changer l’orientation de son regard.
Regarder autrement son parcours, ses compétences, une épreuve, les autres et parfois soi-même. Lorsque Platon explique le sens de l’allégorie de la caverne, il développe une idée que je trouve particulièrement forte : l’éducation ne consiste pas simplement à donner la vue à quelqu’un qui ne l’aurait pas. La faculté de voir est déjà présente.
C’est son orientation qui doit changer.
C’est probablement ce que Platon m’a apporté de plus important.
Il ne m’a pas donné une vérité ni expliqué ce que je devais penser.
Il m’a aidé à comprendre que certaines choses que je prenais pour la réalité pouvaient n’être que des ombres.
Je ne prétends pas être sorti de la caverne.
Mais je sais qu’à un moment de mon parcours, j’ai commencé à me retourner.
Et ce simple mouvement a été pour moi l’un des premiers pas vers une ouverture de la conscience.



Un trés beau texte qui éclaire l'allégorie de la Caverne en la reliant à une expérience vécue.