Manager ou leader : et si tout dépendait du contexte ?

Le mot leadership est aujourd’hui partout.
On demande aux managers d’être des leaders, de donner du sens, d’embarquer leurs équipes, de créer de l’engagement, d’inspirer…
À tel point que le mot manager pourrait presque paraître insuffisant.
Pourtant, après avoir exercé pendant plus de vingt-cinq ans des fonctions de direction, une question continue de m’intéresser :
Manager et leader, est-ce vraiment la même chose ?
Je ne le crois pas.

L’équipe progressant en montagne, avec une personne qui aide une autre à franchir le passage.
Manager, c’est d’abord exercer une responsabilité
Le management s’inscrit dans une organisation.
Le manager doit organiser, décider, arbitrer, donner un cadre, répartir les responsabilités et permettre à un collectif de travailler.
Il faut aussi gérer des équipes, des plannings, des objectifs, des contraintes et toutes ces choses parfois presque routinières qui constituent le quotidien d’une entreprise.
Ce n’est probablement pas la partie la plus enthousiasmante lorsque l’on parle aujourd’hui de leadership.
Mais c’est le fondement du management.
Manager, c’est aussi assumer. Assumer une décision, poser une limite, faire un choix et exercer l’autorité attachée à sa responsabilité.
Et puis certaines situations viennent bouleverser ce fonctionnement.
Le jour où manager ne suffisait plus
Je l’ai vécu lorsque je dirigeais mon entreprise.
Après avoir cédé une première partie de son activité, j’ai engagé une restructuration importante de notre activité systèmes et réseaux.
L’objectif était clair : transformer cette partie de l’entreprise, la rendre plus performante, plus autonome et suffisamment attractive pour pouvoir, un jour, envisager sa vente.
Ce qui s’est finalement produit.
Mais pour réussir cette transformation, je ne pouvais plus simplement organiser et gérer.
J’avais besoin de tout le monde.
Il fallait faire accepter une restructuration profonde, maintenir l’engagement pendant une période d’incertitude et donner envie aux équipes de participer à une transformation dont elles ne connaissaient pas encore totalement l’issue.
Puis, lorsque la vente s’est concrétisée, un autre défi est apparu : accompagner les collaborateurs vers l’intégration dans un nouveau groupe.
C’est probablement pendant cette période que j’ai réellement pris conscience de ce que pouvait être une posture de leader.
Il ne suffisait plus de dire ce qu’il fallait faire.
Il fallait donner envie d’y aller.

La même personne dans le même univers professionnel : manager d’un côté, leader de l’autre — « Une même personne, des postures différentes ».
Leader… sans cesser d’être manager
Pour autant, pendant toute cette période, l’entreprise continuait à fonctionner.
Les clients étaient toujours là. Les équipes devaient être organisées. Les engagements devaient être respectés. Les décisions quotidiennes continuaient à devoir être prises.
Je devais donc, au même moment, embarquer et gérer.
D’un côté, adopter une posture de leader pour donner une direction, maintenir la confiance et entraîner les équipes dans une transformation importante.
De l’autre, rester manager pour que l’entreprise continue simplement à fonctionner.
Cette expérience a profondément influencé ma manière de regarder aujourd’hui le management et le leadership.
Je n’étais pas devenu leader à la place d’être manager. J’avais besoin des deux.
Le leadership apparaît lorsque les repères bougent
Le leadership ne vient pas seulement d’un titre ou d’une fonction.
Il apparaît particulièrement lorsque les repères habituels deviennent insuffisants : une transformation, une crise, une fusion, une prise de fonction, une période de doute ou une décision qui engage fortement l’avenir.
Dans ces moments, gérer l’existant ne suffit plus toujours.
Le manager doit parfois être capable de se hisser dans une autre posture : donner une direction lorsque tout n’est pas encore certain, créer de l’adhésion et permettre au collectif de se projeter.
Mais cela ne signifie pas qu’il doive rester dans cette posture en permanence.
Une fois les repères retrouvés, il faut aussi revenir au quotidien : organiser, décider, suivre, arbitrer.
Le leadership ne remplace pas le management.
Il vient parfois le prolonger lorsque la situation l’exige.
Une question de posture… et de contexte
Avec le recul, je me pose donc moins la question :
« Suis-je un manager ou suis-je un leader ? »
Je préfère une autre question :
« De quoi cette situation et ces personnes ont-elles besoin de ma part maintenant ? »
Parfois, il faut organiser.
Parfois, décider.
Parfois, rassurer.
Parfois, entraîner.
Et parfois savoir laisser de la place à quelqu’un d’autre.
C’est probablement là que se situe pour moi l’enjeu : être capable d’ajuster sa posture à la situation plutôt que chercher à correspondre en permanence à l’image du leader.
Car une entreprise a besoin de leadership dans les moments où elle doit se mettre en mouvement.



Dépendance au contexte et... à la capacité du manager de s'ajuster à la situation